Quand la société civile apprend à parler le langage des droits - CJARC
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Ekié chambre froide

Quand la société civile apprend à parler le langage des droits

Yaoundé, 16 et 17 octobre 2026. Il y a des ateliers qui se contentent de réunir du monde. Et il y a ceux qui changent la manière dont un réseau entier envisage son avenir. Celui que le CJARC vient de conduire avec ses organisations partenaires, dans le cadre du projet « Renforcement de la gouvernance inclusive et de la redevabilité des organisations de la société civile au Cameroun », appartient à la seconde catégorie.

Une légitimité forgée en près de quarante ans

Pour comprendre la portée de ces deux journées, il faut regarder d’où parle le CJARC. Fondée par deux personnes déficientes visuelles, l’organisation a débuté ses activités en 1986 et pris forme officielle le 4 mai 1988. ONG en 2013, dotée du statut consultatif de l’ECOSOC en 2014, reconnue œuvre sociale privée en 2017, elle compte 38 ans d’expérience et un écosystème rare : école de bien-être inclusive, école normale, institut de formation professionnelle inclusive, centre multimédia, centre d’alphabétisation fonctionnelle, sans oublier l’ABA et le FADY, qui prolongent son action auprès des anciens pensionnaires et des femmes.

Une telle trajectoire confère une autorité. Elle impose aussi une exigence : celle de ne pas avancer seul.

Le partenariat, un engagement avant d’être une signature

Le premier jour a été celui de la franchise. Amicales d’aveugles et de malvoyants, associations de personnes handicapées, associations de production, structures œuvrant pour les personnes atteintes d’albinisme, venues du nord comme de l’extrême nord : chacune a dit qui elle était et ce qu’elle attendait. Les associations d’albinos ont rappelé que leurs réalités restent trop souvent ignorées et que la diabolisation persiste. Les anciens pensionnaires ont réclamé un accompagnement vers l’emploi.

Le CJARC n’a pas éludé la question de la sélection : localité, rapport d’activité, preuve d’existence légale. Un partenariat durable ne se décrète pas, il se mérite des deux côtés. Les 19 articles de la charte ont été lus, la convention examinée article par article, avec l’appui des experts Joseph POKAM et Clémentine, en français comme en anglais. Elle a été adoptée, sous réserve de signature.

Connaître ses droits, puis les revendiquer

Le deuxième jour a déplacé le regard vers l’essentiel. Un officier de la Commission des droits de l’homme du Cameroun (CDHC) a rappelé que les textes existent, des conventions internationales à la loi du 13 avril 2010. Pourtant, l’emploi, les transports, l’éducation et les services publics demeurent trop souvent hors de portée.

Le message aux associations était sans détour : un droit qu’on ne réclame pas reste lettre morte. Informer, documenter, plaider, interpeller les maires, se rendre elles-mêmes accessibles. Surtout, ne pas réduire l’action associative à la quête de subventions, car la mission première demeure la défense des intérêts des membres.

Treize critères pour durer

La crédibilité se construit aussi dans les classeurs, les registres et les comptes. Treize critères ont été passés en revue : existence juridique, leadership, planification, gestion administrative et financière, ressources humaines, mobilisation des ressources, communication, partenariats, redevabilité, inclusion. Un rappel utile : la rigueur n’est pas l’ennemie de l’engagement, elle en est la condition de survie.

Le poids d’un réseau

Au moment de clore les travaux, le Directeur général, Dr Coco Bertin, a remercié les techniques financiers, les experts, la CDHC, les participants, les bénévoles et toute l’équipe du CJARC. Les chiffres disent l’ampleur de la mobilisation : environ 72 participants, une trentaine d’organisations représentées, neuf entités ou zones géographiques du Cameroun.

L’inclusion, une affaire collective

Reste l’essentiel : ce que ces journées laissent derrière elles. Des organisations mieux outillées, un cadre contractuel clarifié, une conscience renforcée que la défense des droits des personnes en situation de handicap est un travail de longue haleine, qui exige des structures solides et des alliances sincères. Le CJARC, avec le soutien de ses partenaires, en a fait le pari. À la société civile de le transformer en résultats.

Merci à nos partenaires techniques et financiers, à la CDHC, à nos experts et à toutes les organisations engagées à nos côtés.

Lecture de la convention par l’un des experts.

Prise de parole de deux des participants.

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